Présentation

Rechercher

Calendrier

Juillet 2008
L M M J V S D
  1 2 3 4 5 6
7 8 9 10 11 12 13
14 15 16 17 18 19 20
21 22 23 24 25 26 27
28 29 30 31      
<< < > >>

 



Petite flûte de TENZIN GONPO (2mn).

(Sans rêve comment construire la réalité ?) D.L.

 

                                                 LE REVE BRODE

                                                ‘ Terre de Lumière ’

               ŒUVRE ORIGINALE/ GESTUELLE/ SPECTACLE VIVANT

                             Clin d’œil et en hommage à Henri Gougaud           

                                                    DANA LANG

                            Conteur Auteur Interprète Metteur en Scène.

 

            il était une fois…

            …une femme pauvre, très pauvre…si pauvre qu’elle ne possède pas un seul jardin potager, pas une seule chèvre…elle vit seule avec ses trois fils dans une maison de pierres sèches…devant la maison un sentier caillouteux file et grimpe à travers les hautes montagnes entre les rochers vers un village gris et rude où l’herbe est rare…Plus loin il s’enfonce vers les neiges éternelles…C’est là son paysage familier.    

            Mais cette femme possède un don précieux. Elle tisse et brode merveilleusement… avec des fils multicolores sur des tissus blancs elle invente des fleurs, des oiseaux, des animaux, des arbres, des forêts, des ruisseaux et des rivières.

 

            Chaque semaine elle s’en va au marché de la ville voisine et là contre une poignée de riz elle échange ses belles broderies plus légères que des toiles d’araignées…Ainsi gagne-t-elle sa vie et survit-elle avec ses trois fils…

            Une nuit dans son sommeil elle fait un rêve éblouissant :…elle s’avance vers son village mais ce n’est plus le même village…il possède des maisons à trois étages parées de riches couleurs, des forêts immenses emplies d’oiseaux moqueurs, des arbres fruitiers sur des prairies grasses et vertes où paissent des yacks aux poils luisants…un ruisseau bondit parmi les rochers et au loin sur la montagne des fleurs s’épanouissent, libres au soleil…mais elle se réveille dans son lit troué et sa chambre froide !

            Elle se lève, sort devant sa porte…comme une enfant naïve, éblouie, une idée folle l’envahit tout à coup !...elle va broder son rêve sur un tissu de laine avant qu’il ne s’envole de sa mémoire !

 

            Assise au coin du feu le jour même, elle se met à l’ouvrage !

            Trois années durant, elle travaille jour et nuit, semaine après semaine. Elle ne dort presque plus, à peine quelques heures avant l’aube. Au soir tombé elle allume sa torche et se penche sur son travail.

            La première année :…ses yeux sous la lampe pleurent…de ses larmes elle brode le ruisseau bondissant, transparent, clair et joyeux qui traverse le village, les fleurs blanches du pommier et les neiges éternelles dans le ciel.

            La deuxième année :…ses yeux sous la lampe s’usent si forts qu’ils laissent tomber des larmes de sang…de ces larmes rouges…elle dessine les pavots de la montagne, les coquelicots dans les champs, le soleil rougeoyant dans le ciel du couchant.

            La troisième année :…elle achève son travail…le paysage brodé est si ressemblant à son rêve !

 

            Elle appelle ses fils :

---Mes enfants ! Regardez ! S’écrie-t-elle, heureuse et fière.

            Les garçons n’ont jamais rien vu d’aussi beau ! Ils s’extasient.

---Venez, allons le voir à la lumière ! Souffle-t-elle.

            Ils sortent devant la porte. Ils déposent le grand carré de tissu brodé sur un rocher en plein soleil. Ils s’éloignent, un peu, pour mieux le voir…mais un coup de vent subit, traverse le village, siffle dans les buissons, couche les touffes d’herbes, emporte la broderie merveilleuse comme un papillon, une voile, un oiseau au larges ailes !

            La mère pousse un cri !...elle lève les bras au ciel...elle tombe sur le sol,…évanouie !

Aussitôt ses fils la soulèvent, la portent dans la maison, la couchent sur son lit, la raniment puis ils vont pendant trois jours et trois nuits, dans la montagne à la recherche du paysage rêvé…mais ils ne le trouvent pas !...désolés ils rentrent, épuisés.

            Alors la mère perd son courage et ses forces l’abandonnent…elle ne mange plus, ne peut plus travailler…elle tombe malade et se meurt désespérée.

            Tous les soirs ses fils gémissent à son chevet.

 

            Un jour elle appelle l’aîné de ses enfants :

---Fils, il faut que tu retrouves ma broderie perdue…pars à sa recherche…si dans un an, tu n’es pas revenu…je mourrai.

            Le lendemain, à l’aube l’aîné chausse ses sandales et il s’en va…mais il ne revient pas !

            La mère maintenant est maigre comme Vieille Femme la Mort…elle ne parle plus.

Un matin pourtant, plus légère que l’oiseau, elle dit au deuxième de ses fils :

---Mon enfant, puisque ton frère nous a oubliés il est temps que tu partes à ton tour…va chercher l’image que j’ai brodé…si dans un an, tu n’es pas revenu, alors je mourrai !

            Il s’en va…mais il ne revient pas !

            La mère anéantit, appelle son troisième fils et lui dit :

---Je suis plus faible qu’une mouche, je ne vivrai plus très longtemps…va et si tu as pitié de ta mère…ne m’oublie pas !

 

            Son troisième fils Tenzin Lekphel s’en va vers le soleil levant. Comme ses frères, il marche longtemps, au rythme lent de la marche d’altitude où s’harmonisent l’espace et le temps, il fait beaucoup de chemin…

            Il traverse les vallées, gravit les montagnes. Il se nourrit de fruits sauvages, boit l’eau des sources…s’endort aux creux des arbres ou des rochers.

            Enfin, un matin il parvient dans une plaine vaste et infinie. Au loin il voit une maison en pierres pareille à son village. Sur le seuil apparaît une vieille femme souriante, elle lui dit :

---Bonjour Tenzin Lekphel, je t’attendais !

            Il s’étonne :

---Comment vous me connaissez ?

---Oui ! Tes frères sont passés ici avant toi…je sais ce que tu cherches ! Ils m’ont tout raconté et lorsque je leur ai offert un coffre de pièces d’or, ils ont préféré l’or et ils sont partis à la ville ! Et toi que veux-tu faire ?

---Oh moi ! Répond le troisième fils…je n’ai pas besoin de ton or ! Ce que je veux, c’est retrouver l’ouvrage de ma mère. Si tu connais le chemin, je t’en prie aide-moi !

---Ecoute ! Dit la vieille…Ce n’est pas un coup de vent ordinaire qui a emporté le tissu brodé de ta mère. Ce sont les Fées de l’Ile Ensoleillée qui l’ont pris. Elles l’ont trouvé si beau qu’elles ont voulu broder le même ! Or tu ne peux arriver au Pays des Fées qu’en chevauchant ce cheval !

            Elle montre du doigt un cheval étrange, immobile dans la plaine.

---Mais…il est en pierre ! Observe et s’étonne le garçon.

---Peu importe ! Il reprendra vie si tu plantes tes dents dans ses gencives ! Avec ce cheval, tu devras traverser toutes les tempêtes de l’océan. Si tu y parviens…alors tu trouveras l’île enchantée !

            Ainsi parle la vieille ! Aussitôt Tenzin déterminé prend un caillou, casse ses dents, les plante dans les gencives du cheval qui s’anime, fourrage sept brins de paille…et tout à coup, fringant comme un pur sang il ouvre ses ailes. Le garçon monte en croupe, salue la vieille femme et…s’envole !

            Et, il vole Tenzin Lekphel et il vole plus haut encore. Il parvient au-dessus d’un désert de rochers noirs, pousse son cheval ailé sur les flammes d’un cratère où il croit qu’il va périr asphyxié, carbonisé dans la fournaise…mais le cheval s’envole, vole, survole les océans déchaînés !

            Combien de jours, combien de nuits ?

            Combien de jours, combien de nuits ?...Tenzin Lekphel lutte attaché, lié, soudé à son cheval aux ailes magiques dans des tempêtes rugissantes…enfin un jour, à bout de souffle, il voit devant lui…surgir entre la brume, l’océan et les nuages…une île paisible, ensoleillée, merveilleuse…toute verte de prairies.

 

            Sur l’île il découvre neuf Fées assises en rond, penchées sur des broderies multicolores. Au milieu d’elles, sur l’herbe est posé le carré de tissu brodé, si longtemps perdu, si longtemps cherché !

---Bonjour Tenzin Lekphel nous t’attendions. L’ouvrage de ta mère était si beau que nous l’avons recopié mais nous n’avons pas fini notre travail ! Si tu veux, promène-toi sur l’île avec la plus jeune d’entre-nous. Lorsque tu reviendras nous te rendrons ce que tu es venu chercher !

            Jusqu’au soir il se promène avec la jeune fée. Tout est si beau sur cette île. Il y a des pommiers dont les branches croulent de fleurs et l’instant d’après apparaissent des fruits transparents où l’on voit se dérouler les vies antérieures et les vies futures. Il y a des chênes millénaires d’où s’écoulent des bouquets de gui. L’air embaume de mille parfums et une musique pareille aux bruits de mille et une harpes flotte aérienne, envoûtante. Sur cette île le temps n’existe plus.

            Au moment de partir les fées lui remettent l’objet précieux et la plus jeune des fées lui dit :

---Tiens, attends, je vais te faire un cadeau !

            Elle saisit le carré de laine et avec un fil d’or…elle brode une silhouette…qui disparaît  à travers le tissu. Tenzin Lekphel saute sur son cheval. Il s’envole et d’un bond surgit dans la chambre de sa mère. Il s’écrie :

---Regardez mère ! Regardez !...Et elle de joie se lève !

---Viens ! Dit-elle, tremblante…viens allons le voir le soleil !

 

            Ils ouvrent la porte, dépose la broderie sur le rocher et là…un coup de vent…étend, dépose, installe sur un rocher, un village qui prend vie…avec des maisons à trois étages, parées de vives couleurs, des forêts immenses emplies d’oiseaux moqueurs, des prairies grasses et vertes où paissent des yacks aux poils luisants, des fleurs dans les champs et des pavots sur la montagne où les neiges éternelles étincellent sous le soleil rougeoyant et tout près…un ruisseau bondissant, transparent, clair et joyeux avec au-dessus un pont et sur le pont…une fée,…la plus jeune des fées !

            Tenzin Lekphel la reconnaît, il court vers elle. Elle se précipite, s’élance…

            Ils se retrouvent, s’enlacent, s’embrassent.

 

            Et depuis ce temps là, au cœur du ciel

                        …au centre de la terre

                                   …sur le nombril du monde…

                                               …encerclé de neiges éternelles

                                                           …sur les hautes montagnes

                                                                       …des hauts plateaux

                                                                                  …du Toit du Monde…

vit un homme heureux entre sa mère et…sa femme-Fée.  (Petite flûte Tenzin Gonpo…)

 ( Edvard Grieg, né le 15 juin 1843, à Bergen – décédé le 4 septembre 1907, également à Bergen, est un compositeur et pianiste norvégien de la période romantique. Il est surtout connu pour ses œuvres : "Concerto pour piano en la mineur" et "Peer Gynt", la célèbre musique de scène spécialement composée pour le drame d'Henrik Ibsen.
=====
L'auteur de ces illustrations, John Bauer, est né à Jonköping. Dès l’age de 16 ans, il part rejoindre la Capitale et deux plus tard intègre l’Académie Royale des Beaux Arts. Pour illustrer et inventer nombre de contes et légendes de Noël, il passe le plus clair de son temps dans les forêts, à pied ou en canoë, le carnet de croquis à la main. De 1907 à 1915, il illustre les contes du livre "Bland tomtar och troll", livre pour enfants édité en Suède. Il meurt en 1918, à l'âge de 35 ans, avec sa femme, Esther, et son fils, Putte, dans le naufrage de la barge "Per Brahe" qui les menait à Stockholm. Mort trop jeune, il était en passe de devenir un artiste majeur en Scandinavie. Malgré ce décès trop précoce, il reste l’illustrateur le plus chéri des Suédois).



Je dédie ce conte à toutes les mamans de la terre et plus particulièrement aux mamans qui élèvent un ou parfois plusieurs enfants handicapés.
 

                                             ‘ L’ENFANT TROLL ’

                                   (à partir du conte de Selma Lagerlöf)

                                 ‘ Fantine ou l’Enfance et les Sortilèges ’

                              Œuvre Originale/ Gestuelle/ Spectacle vivant/

                                                  DANA LANG

                               Conteur Auteur Interprète Metteur en Scène

 

 

            …où…la femme d’un troll se promène…  

            …elle porte accrochée dans son dos une hotte d’écorce où son petit gros et laid est blotti. Deux oreilles pointues poussent sur sa tête aux soies de sanglier, de son groin apparaissent de longues dents aigues et au petit doigt une griffe s’allonge.

            Sa mère le trouve très beau.

            Elle arrive là, dans un endroit où la forêt s’éclaircit. Un chemin y passe défoncé, bosselé par les racines des arbres. Sur cette sente justement avance un paysan et sa femme à cheval. En les voyant venir la femme du troll veut se sauver vers les profondeurs de la forêt. Mais tout à coup elle se ravise. Elle remarque que la femme porte un bébé dans ses bras :

---Je voudrais bien voir si un enfant des hommes peut-être aussi beau que le mien ! Se dit-elle.

            Elle s’accroupit derrière un fourré et là, elle attend. Le paysan et sa femme passent devant elle. Elle tend le cou pour regarder l’enfant. Les chevaux soudain aperçoivent l’horrible grosse tête noire de la trolle. Ils se cabrent et s’emballent ! La paysanne, les bras encombrés par son petit, manque d’être désarçonnée. Elle pousse un hurlement de frayeur ! D’instinct, elle se penche pour saisir les guides. Le père et la mère disparaissent emportés par la course folle des bêtes effrayées. La femme troll renifle de dépit. Elle n’a même pas eu le temps de voir l’enfant ! Soudain elle se calme. Il est là par terre ! Sa mère l’a lâché quand le cheval s’est cabré ! Par bonheur le petit gît sur un tas de feuilles sèches et de brindilles. Il n’a aucun mal. Il crie de peur. Quand la trolle se penche sur lui, il est si surpris qu’il s’arrête net et tend sa petite main pour lui tirer sa barbe noire ! Stupéfaite le troll regarde l’enfant des hommes ! Elle examine les doigts frêles et minces aux ongles roses, les yeux bleus limpides et la bouche vermeille. De plus en plus surprise, elle tâte les cheveux blonds et soyeux, elle passe sa main velue sur les joues du bébé. Elle n’en revient pas de le voir si blanc, si rose, si délicat. Tout à coup elle hôte sa hotte d’écorce. Elle en retire son petit et le pose à côté de l’autre. A les voir si différents elle se prend à hurler sans pouvoir se dominer !

            Pendant ce temps l’homme et la femme finissent par maîtriser les chevaux emballés. Ils rebroussent chemin pour chercher l’enfant. La trolle les entend approcher. Elle ne peut plus se rassasier de regarder le bel enfant humain. Soudain elle prend une brusque décision. Elle abandonne son propre petit par terre au bord du fossé ! Elle s’empare du petit d’homme le fourre dans sa hotte d’écorce, la charge sur son dos et détale.

            A peine disparue le paysan et sa femme apparaissent sur le chemin. Ce sont des gens opulents, estimés, propriétaires d’une belle ferme dans une vallée fertile au pied de la montagne. Ils sont mariés depuis plusieurs années c’est leur unique enfant. Ils sont désespérés de sa perte ! La femme arrive la première. Elle voit l’enfant par terre. Il crie de toutes ses forces. Ce cri est inhumain et féroce. Elle devrait reconnaître qu’il ne s’agit pas là de son fils mais son angoisse est si forte qu’elle ne comprend pas ! Elle se réjouit seulement que l’enfant ne soit pas mort dans sa chute. Quand son mari la rejoint, il la trouve assise sur le bord de la route les yeux hagards, effarée. Elle ne peut pas croire à ce qu’elle voit !

---Mais mon enfant n’avait pas de dents pareils à des crocs ! Ni de cheveux comme des soies de sanglier ! Pas de griffes aux petits doigts et, encore moins d’oreilles pointues ! Gémit-elle bouleversée!

            Le paysan pense que sa femme devient folle. Il saute rapidement au bas de sa monture. La femme lui tend le petit. Elle supplie:

---Qu’est ce qu’on lui a fait ?

            Il le reçoit dans ses bras. Lorsqu’il le voit, il crache trois fois par terre et il le jette au loin !

---Mais c’est le petit d’un troll ! Ce n’est pas notre enfant ! S’écrie t-il horrifié.

            La femme reste assise par terre, comme paralysée. Lente à comprendre elle ne s’explique pas se qui s’est passé. Alors il lui crie méchamment :

---Tu ne vois donc pas ? Quand les chevaux se sont emballés, les trolls ont volé notre petit et ils nous ont laissé le leur à la place ! Notre enfant à présent se trouve chez les trolls !

            La femme réalise alors toute l’étendue de son malheur. Elle devient affreusement pâle. Son mari pense qu’elle va rendre l’âme ! Pour la calmer il décide d’aller explorer les bois. Il attache les chevaux à un arbre et pénètre dans les taillis. La femme se lève pour le suivre   mais elle remarque que le petit troll est couché à la portée des sabots des bêtes. Elles piétinent inquiètes de cette présence. La mère frissonne de dégoût à l’idée de toucher le petit monstre. Pourtant elle le change de place. Ainsi les chevaux ne lui feront pas de mal. Le mari trouve le hochet de l’enfant dans la forêt. Il est sur la bonne piste. La femme accourt. Ensemble ils s’enfoncent dans les bois. Mais ils ne trouvent plus aucune trace, ni d’enfant, ni de troll. Comme la nuit tombe ils renoncent à leur recherche. La pauvre mère pleure et se tord les mains. Le mari sombre, marche les dents serrées. Il ne dit pas un seul mot pour la consoler.

Il est d’une bonne vieille famille. Elle s’éteindra avec lui s’il n’a pas de fils. Il en veut à sa femme d’avoir laissé tomber l’enfant mais devant son désespoir il ne lui fait aucun reproche.

Il l’aide à remonter à cheval. Une fois installée sur sa selle elle ne pense plus qu’au petit troll. Elle murmure :

---Que va-t-on en faire ? Devra-t-il rester là par terre abandonné en proie aux bêtes sauvages ?

            Le paysan secoué d’un rire amer répond :

---Il est bien là où il est qu’il y reste !

            Elle lui donne raison. Ce n’est pas à eux de s’inquiéter des petits des trolls. Pourtant c’est un enfant et elle ne peut pas accepter de le laisser manger par les loups. Elle commande à son époux :

---Passe-le moi ! Je t’en prie !

---Non ! Mais il se ravise car il éprouve un grand amour pour son épouse et il lui cède en tout. Les trolls ont enlevé mon fils mais ils ont aussi tourné la tête de ma femme. Se dit-il.

 

            Le lendemain le bruit du malheur se répand comme une traînée de poudre dans tout le  pays. Les gens expérimentés et sages viennent de tous côtés pour donner des conseils et des  avertissements au couple devenu tellement malheureux à présent.

---Battez le avec un gros gourdin jusqu’au sang. Quand le sang coule, la femme troll arrive en coup de vent, se jette sur son petit, vous lance le vôtre et s’envole avec le sien !

---Oui mais hélas ! Ces enfants là n’ont pas survécus longtemps ! Dit une autre.

            La paysanne les écoute. Elle n’aura jamais le cœur à faire une chose pareille, elle le sait ! Le soir elle reste seule avec le petit troll. Un regret douloureux la tourmente. Un désir violent la saisit de revoir son fils !

---Peut-être après tout devrai-je essayer de le battre ! Pense t-elle. Mais elle ne parvient pas à se décider.

            Juste à cet instant son mari rentre avec un gros gourdin à la main. La femme comprend bien ce qu’il veut faire.

---Tant mieux après tout je suis trop bête ! Mais je ne pourrai jamais faire souffrir un être innocent même pour sauver le mien.

            Aussi à peine l’homme a-t-il levé le bras sur le petit qu’elle se précipite en criant. Elle retient son bras :

---Non, non, ne le bats pas ! Ne le bats pas ! Il n’a rien fait, je t’en prie !

            Le paysan lève encore son bras pour frapper mais la femme se jette sur l’enfant de sorte que c’est elle qui reçoit le coup !

---Je veux retrouver mon fils mais pas de cette façon là ! Supplie-t-elle.

            Le paysan furieux reste un moment à attendre. Mais la femme couvre toujours le petit de son corps ! Dépité, désolé, il jette le bâton et sort. Il se demande pourquoi il n’a pas exécuté sa volonté mais sa femme à quelque chose en elle qui le domine.

 

            Quelques jours passent encore avec des larmes et du chagrin. Comme il est douloureux pour une mère de perdre son enfant mais plus encore de le voir remplacé par un autre ! La vue de l’intrus ravive la peine, elle ne peut plus s’apaiser. Un matin, elle ne sait plus comment nourrir le petit. Il refuse tout ce qu’elle lui offre. Son mari lui dit :

---Les trolls ne mangent que des grenouilles et des souris ! De toute façon ce sera une bonne chose s’il meurt de faim !

            La semaine passe toute entière. La paysanne n’arrive toujours pas à nourrir l’enfant troll. Elle a beau lui faire goûter des tas de bonnes choses le petit fait la grimace et recrache tout. Un soir trop affaibli le petit troll va mourir. Le chat entre dans la maison avec une souris dans la gueule. La paysanne se précipite, lui arrache, la jette au petit et sort très vite pour ne pas le voir manger. Depuis lors la femme ramasse des limaces, des crapauds, des lézards, des araignées. Le paysan s’en aperçoit. Dégoûté, il finit par ne plus lui adresser un seul mot de tendresse. Pourtant elle possède encore, un pouvoir sur lui et il reste à la maison. Les domestiques, à leur tour, perdent tout respect pour leur maîtresse. Ils n’obéissent plus. Le maître fait semblant de ne rien voir. La femme se dit :

---A présent, ma vie avec ce petit monstre va devenir un long calvaire ! Tout le monde le déteste et moi je ne peux pas l’abandonner ! Elle se sent un besoin impérieux de lui venir en aide. Plus elle souffre pour le petit troll plus elle veille, fidèlement, sur lui pour le défendre.

 

Deux ans passent…

            Seule à la maison la paysanne s’occupe à rapiécer le blouson de son fils. Elle soupire :

---On n’est pas heureux quand on est forcé d’élever un étranger dans sa maison ! Il est certain que s’il s’agissait du blouson de mon fils je ne regarderai pas à la peine. J’ai bien du mal avec celui-là, je ferai mieux d’aller le perdre dans les bois. Si je le laissais seul, il aurait tôt fait de se noyer, de se faire mordre par un chien ou de se brûler devant la cheminée. Bêtes et gens de la ferme le haïssent tellement qu’ils le feraient disparaître facilement !

            Elle se dépêche. Ses yeux se remplissent de larmes. Soudain elle se lève. Elle jette un  coup d’œil sur le troll. Il dort blotti dans un coin de la pièce. Il a grandi et il est devenu encore plus laid. Sa bouche s’avance comme un groin, ses sourcils et ses oreilles pointes comme des touffes de crins, sa peau est noirâtre.

---A cause de toi mon mari, les valets me méprisent, les filles de ferme se moquent de moi, le chat crache, le chien grogne, les chevaux s’affolent et lorsque je te regarde je pense à mon fils ! Oh ! Où es-tu mon enfant, mon petit, mon trésor, mon amour ? Dors-tu sur la mousse et les feuilles là-bas chez les trolls loin dans la forêt profonde ?

 

            La porte s’ouvre, son époux entre. Curieusement il a une bonne figure. Il lui parle plus gentiment qu’à l’ordinaire. Il lui propose d’aller ensemble à la fête du village. Heureuse de cette offre soudaine elle se prépare. Ils doivent partir à pied, les chevaux sont aux champs. En passant par la montagne ils arriveront à temps. Quelques minutes après la paysanne se trouve sur le seuil coiffée et habillée prête à partir. Voilà longtemps qu’elle n’a pas été aussi heureuse ! Tout à sa joie elle a complètement oublié le troll. Soudain une pensée l’éclaire ! Son mari ne cherche t-il pas à l’éloigner pour que ses valets tuent l’enfant durant son absence ? Elle rentre vite à la maison, revient avec le gros bébé sur les bras. Le paysan s’étonne doucement. Il lui fait remarquer qu’il sera lourd à porter sur la sente de la montagne. Ils se mettent en chemin sur une route pénible et raide. Il leur faut franchir la crête pour retrouver une piste carrossable. La femme vite fatiguée ne peut plus faire un pas. Le gamin refuse de marcher. Le mari plus aimable et plus gai que d’habitude propose de le porter à son tour. A cet endroit la sente est mauvaise, inégale et glissante. Le passage étroit laisse juste la place pour une personne. Tout à coup la femme a peur que son mari bute avec l’enfant dans ses bras. En effet à ce moment là, il fait un faux pas et manque de le perdre ! Elle comprend alors les intentions de son mari. Il veut jeter le petit dans la crevasse et faire croire à un accident ! De nouveau il bute contre une racine et de nouveau, le petit va glisser dans le gouffre ! La femme derrière veut arracher le bébé mais déjà son mari glisse pour la troisième fois ! Il se raccroche à une branche et laisse échapper le petit monstre. La femme lui emboîte le pas se précipite, saisit un pan du vêtement du troll et le ramène sur la route !

            Le mari furieux fait demi-tour. Son visage transformé devient livide :     

---Ah ! Tu n’étais pas aussi vive le jour où tu as laissé tomber notre enfant dans la forêt ! S’exclame-t-il méchamment.

            La femme frappée en plein cœur ne répond pas. La bonne humeur de son mari était feinte ! Atteinte d’une profonde tristesse elle se met à pleurer. Soudain elle n’a plus envie de faire la fête, lui non plus d’ailleurs. Ils rebroussent chemin. En route il se demande combien de temps il pourra supporter de vivre avec elle. Une obsession le ronge : Tuer le troll pour retrouver son petit ! Mais pétrifié par son regard si tourmenté, si douloureux il reste vaincu !

 

Deux ans passent…

            Une nuit d’été le feu prend à la maison. Les habitants se réveillent, les pièces s’emplissent de fumée…Le grenier devient un vaste brasier. On a juste le temps de se précipiter dehors. Le paysan compte son monde. Tous sont là sauf le troll. Qui peut bien être la cause de ce malheur sinon cet horrible monstre qui joue à ramasser des bouts de bois et des brindilles pour y mettre le feu ? Au moment où chacun souhaite qu’il y reste on aperçoit une femme. Elle sort de la maison en feu en traînant le troll par la main ! Comme un fou le paysan se précipite, arrache le gamin, le rejette dans les flammes. Des langues de feu sortent maintenant de toutes les fenêtres, la chaleur et la fumée sont intenses. Une seconde comme étourdie, livide de terreur la paysanne regarde son mari. Puis de nouveau elle se lance dans la maison derrière l’enfant. Son mari ne souhaite plus qu’une seule chose qu’elle y reste elle aussi ! Mais elle ressort avec le petit troll ! Ses mains, ses cheveux sont brûlés. Personne ne lui adresse la parole. Elle traverse la cour, se dirige vers le puits, éteint quelques étincelles attachées à sa jupe, puis elle s’assied dans l’herbe adossée à la margelle. Le petit troll étendu sur ses genoux s’endort. Elle reste toute droite comme pétrifiée, les yeux tristement fixés devant elle. Des gens l’évitent ou passent sans vouloir la remarquer. A l’aube la maison n’est plus qu’un tas de cendres et de pierres calcinées et fumantes !

            Le paysan vient la trouver :

---Je ne peux plus supporter cette vie ! Je te quitte à regret mais je ne peux plus vivre avec un troll sous mon toit. Je m’en vais et je ne reviendrai plus !

            En entendant ces mots puis en voyant partir son mari il lui semble qu’on lui arrache le cœur dans la poitrine. Elle veut courir derrière lui, le retenir mais hélas le petit sur ses genoux pèse lourd et elle ne se sent plus la force de le rejeter.

 

            Le paysan s’engage sur la sente de la forêt. C’est sans doute la dernière fois qu’il emprunte ce chemin familier. Au moment ou il arrive à mi-côte, un petit garçon court à sa rencontre. Il est mince, élancé comme un jeune arbre. Ses cheveux blonds sont légers comme de la soie et ses yeux ont l’éclat de l’acier :

---C’est comme çà que serait mon fils si je ne l’avais pas perdu ! Soupire l’homme au lieu de ce sinistre troll que ma femme s’obstine de garder à la maison…

---Bonjour ! Si vous devenez qui je suis, je vous dirai où je vais ! Dit l’enfant.

            Au son de sa voix le paysan pâlit.

---Tu es mon fils ! Tu as la voix de notre famille ! Répond-t-il.

---Oui je suis votre fils ! Et je vais voir ma mère !

---N’y va pas ! Elle n’a d’affection que pour ce troll ! Supplie le père.

---Vous croyez, père ? Interroge l’enfant en le regardant étrangement.

            L’homme si heureux de retrouver son fils sent les larmes lui monter aux yeux. Il a si peur de le perdre qu’il continue son chemin en portant le petit dans ses bras.

---Vous me portez beaucoup mieux que lorsque vous portiez le petit troll dans la montagne, père ! Heureusement que Mère était là pour le rattraper à chaque fois car je serai mort. La femme troll marchait de l’autre côté de la crevasse me tenant dans ses bras et à chaque fois que vous butiez elle me suspendait dans le vide pour m’y laisser tomber !

            Le paysan ralentit son pas. Il s’arrête pour lui demander encore :

---Comment vivais-tu, là-bas ?

---C’était dur parfois. Quand Mère était bonne pour le troll, ils l’étaient pour moi aussi. Quand tu battais le petit, je prenais des coups aussi ! Quand vous donniez des légumes et du pain au petit monstre moi, je recevais des serpents et des chardons. Mais quand Mère lui donnait des    souris et des crapauds alors on me nourrissait avec du pain blanc et du beurre. La première semaine j’ai faillis mourir de faim ! Heureusement que Mère était là !

            A ces mots le paysan arrête son pas. Il fait demi-tour. Il redescend le chemin de la forêt. Puis le père remarque :

---Mais il me semble que tu sens la fumée !

---Bien sûr ! J’ai failli mourir dans le feu la nuit dernière, quand tu jetais le petit troll dans le brasier de notre maison ! Ah ! Si ma mère n’avait pas été là !

            L’homme allonge le pas mais il s’arrête net et demande soudain :

---Pourquoi les trolls t’ont-ils enfin libéré ?

---Les trolls n’avaient plus aucun pouvoir sur moi parce que ma mère a sacrifié ce qui lui était plus cher que la vie ! Car c’est vous et vous seul qu’elle a laissé partir pour sauver l’enfant troll ! S’écrie alors son fils.

 

            La paysanne assise au même endroit ne bouge pas. A côté du puits elle ne dort pas, elle paraît engourdie. Elle ne peut plus remuer et ne voit rien de ce qui se passe autour d’elle. On croirait une morte. Tout à coup elle s’entend appeler par la voix de son mari de très loin et son cœur se reprend à battre. La vie revient. Elle ouvre les yeux, regarde autour d’elle comme si elle sortait d’un profond sommeil. Il fait grand jour. Le soleil brille, l’alouette chante. Il semble impossible d’être condamnée à un gros malheur par un jour pareil ! Ses yeux tombent sur les poutres noircies et les pierres calcinées de ce qui était sa maison. Elle voit des gens aux mains noires, aux figures rougies. Elle pense qu’elle se réveille à une vie plus triste encore que la précédente. Pourtant, le sentiment domine que sa longue misère est finie. Elle cherche des yeux le troll, il ne dort plus sur ses genoux et elle ne le voit nulle part. Un étrange pressentiment lui dit qu’il est maintenant inutile de le chercher. De nouveau, elle entend la voix de son époux. Il l’appelle. Cette voix vient de la forêt ! Il apparaît d’ailleurs au même moment sur le chemin qui mène à la ferme. Sa voix apporte le message d’une grande joie. Elle reste clouée sur place. Elle n’ose pas bouger. Enfin le mari se détache du groupe qui l’entoure de tous côtés. Il dépose sur ses genoux un bel enfant :

---Voici notre fils ! Il nous est rendu ! Et c’est toi, toi seule qui l’as sauvé !

Les Indiens d'Amérique envoyé par fanstes


                                                   L’ENFANT LOUP   

                                     ‘ Fantine ou l’enfance et les sortilèges ’

ŒUVRE ORIGINALE/ GESTUELLE/ SPECTACLE VIVANT/ DANA LANG

Conteur Auteur Interprète Metteur en Scène.

  

            Sous son wigwam ‘Nuage Rapide’ assis, observe ses frères.

---Toutes ces guerres sont absurdes qui tuent les enfants et font pleurer les femmes ! Pense t-il. 

            Il se sent si vieux tout à coup, si las, si fatigué de toutes ces querelles. Son cœur est tendre et bon. Il se prend à rêver d’un pays heureux, d’une terre fertile et douce, d’un endroit paisible où vivre en harmonie avec les siens et la nature. Il décide de s’en aller. Nuage Rapide quitte le village en pleine nuit emmenant avec lui sa femme, ses trois enfants, leurs chevaux et leur wigwam.

            Ils marchent ainsi longtemps, longtemps très longtemps. Ils errent à travers les prairies, les forêts, le long des rivières, autour des lacs, à l’ombre des montagnes, dans les creux des vallées. Enfin ils découvrent un endroit où règne le calme parfait sur une vaste plaine grasse et verte, au bord d’une rivière transparente, limpide, bondissante, emplie de truites et de poissons d’argent tout près d’une immense forêt bruissante de mille et un chants d’oiseaux. Il plante son tepee.

            Avec sa femme Verte Colline et ses trois enfants il vit là heureux. Près de la rivière de nombreuses années s’écoulent dans la paix et le bonheur. Il ne s’éloigne de sa retraite que pour chasser les bêtes sauvages dont ils utilisent la peau pour les vêtements et la chair pour se nourrir. Il pêche aussi.

            Verte Colline tanne les peaux et les enfants vont cueillir les baies de la forêt, les fraises, les framboises, les mûres, les myrtilles et aussi les champignons des prés et des bois.

            Un jour l’indien sent qu’il devient plus faible. Son heure est venue de rejoindre le Grand Manitou. Il réunit sa famille un soir et leur dit :

---Je vais partir pour toujours et dans sept lunes ma femme me rejoindra. Mais pour vous mes enfants la vie ne fait que commencer. Vous allez apprendre à connaître la méchanceté, la cruauté, l’ingratitude. Tout ce que j’ai fui naguère ! Je quitterai cette vie sans regrets et sans angoisse si vous me promettez mes enfants de vous aimer toujours et de ne jamais abandonner votre petit frère.

            Chante Soleil, le frère aîné et Lune Claire, la sœur aînée promettent de ne jamais abandonner le petit frère, Petit Frère de la Prairie.

            Et le vieil homme s’en va retrouver le Grand Esprit comme une étoile dans le ciel. Sept lunes se sont écoulées Verte Colline à son tour le rejoint comme une étoile du matin.

 

            Et les saisons passent. Chante Soleil chasse et pêche, Lune Claire tanne les peaux. Petit frère de la Prairie s’en va cueillir les baies et les champignons de la forêt…

…et le printemps avec ses jeunes pousses tendres et vertes et l’été ensoleillé et joyeux et l’automne avec ses érables rouges, ses arbres flamboyants couverts d’or et l’hiver avec la neige qui recouvre tout, tout même la rivière…Et les jours passent encore.

 

            Voici le printemps à nouveau tout emplit de parfum et de sève. Chante Soleil sent naître en lui le désir irrésistible d’aller rejoindre la tribu de son père. Il en parle à Lune Claire :

---Mon frère je te comprends et je partage ton désir mais souviens-toi de la promesse que nous avons faite à notre père et à notre mère de toujours prendre soin du tout petit frère. Allons-nous l’oublier ?

            Le frère aîné garde le silence. Il se souvient. Et…les jours passent avec des pleurs et des joies et la rivière coule lentement.

---…et, le printemps avec ses jeunes pousses tendres et vertes, l’été ensoleillé et joyeux, l’automne avec ses érables rouges, ses arbres flamboyants couverts d’or, et l’hiver avec la neige qui recouvre tout, tout même la rivière. Et les jours passent encore…

 

            Sept lunes se sont à peine écoulées que Chante Soleil sent renaître en lui le désir impérieux de retrouver ses frères au village des hommes. Une nouvelle fois il en parle à Lune Claire, une nouvelle fois, elle lui rappelle leur promesse.

            Mais Chante Soleil ne veut plus rien entendre et sans plus d’hésitations il prend son arc et quitte la tente.

 

       Et…le temps passe. La rivière coule.

…et le printemps arrive avec ses jeunes pousses vertes et tendres, l’été ensoleillé et joyeux, l’automne avec ses érables, ses arbres flamboyants couverts d’or, et l’hiver avec la neige qui recouvre tout, tout même la rivière. Et les jours passent encore…

 

            Le frère ne revient jamais et Lune Claire durcit son cœur. Elle chasse, tanne les peaux tandis que le petit frère cueille les baies et les champignons de la forêt. Elle supporte de plus en plus difficilement le poids que représente le petit. Pour lui il faut chasser pour le vêtir, lui enseigner la vie. Surtout elle songe à son frère aîné qui est allé rejoindre le village des indiens.

 

            Et…le temps passe, la rivière coule et le désir de Lune Claire s’accentue au fil du temps. Un jour elle dit à son petit frère :

---Tiens voici de quoi manger pour une semaine ! Je pars au village des hommes retrouver notre frère. Quand je l’aurai retrouvé, je